Cet article est paru dans l’édition juillet 2018 du magazine Culture de Rang produit par la COOP DES CHAMPS

Le corps humain, cette machine extraordinaire, a la capacité de se maintenir en santé et en équilibre par lui-même. S’il reçoit de bons soins, ses cellules travailleront sans relâche et se renouvelleront à chaque instant afin de demeurer en santé et au service de celui qui l’habite. Comme tous les êtres vivants, il dépend entre autres de l’état de son environnement, de sa capacité à bien s’alimenter et de la qualité de sa nourriture. Voici un aperçu de cet écosystème biologique.

La nature du corps humain

Le corps humain serait le fruit d’une évolution de plus de deux millions d’années, et il y a près de 300 000 ans (chiffre reconnu à ce jour) notre ancêtre laisse sa trace : l’Homo Sapiens naissait dans des circonstances qui demeurent encore mystérieuses. C’est donc dire que pendant des centaines de milliers d’années le corps a su vivre et se nourrir uniquement grâce à la nature, sans aucune technologie moderne. C’est au Moyen-Orient, aux abords du Croissant fertile, que l’homme fait un bond de géant. Il y a environ 12 000 ans, la découverte et la pratique de l’agriculture ont déclenché un tel changement dans la société que cette période de l’histoire de l‘homme a été surnommée la « révolution néolithique ». Les modes de vie traditionnels de chasseurs-cueilleurs ont peu à peu disparu à la faveur de la sédentarité et d’un approvisionnement alimentaire prévisible.

Or, voici qu’en seulement quelques décennies, l’alimentation a vécu une autre révolution majeure. Alors que d’un point de vue biologique, une partie de nous est restée ce chasseur-cueilleur, notre menu quotidien n’est plus du tout le même… Notre bagage génétique n’ayant peut-être pas su évoluer aussi rapidement que ces changements, quel en sera l’impact sur notre corps ? Pour comprendre comment l’alimentation influence notre corps, voyons comment le corps humain fonctionne.

Un ensemble de cellules

Tous les tissus et les organes de notre corps sont constitués de cellules. Que ce soit nos os, nos dents, nos glandes, notre cœur, notre foie ou notre peau… Ce n’est pas moins de 100 trillions de cellules qui baignent dans deux liquides, le sang et la lymphe. Le sang apporte les nutriments aux cellules. Le sang qui nourrit les cellules doit impérativement demeurer propre. La lymphe, même si elle contient également des nutriments, fait la cueillette des déchets cellulaires en vue de les acheminer aux intestins et aux reins afin qu’ils les excrètent du corps par les selles et l’urine. À l’image du processus digestif du corps dans son ensemble, les cellules doivent se nourrir, produisant ainsi des déchets. Imaginons un instant 100 trillions de cellules travailler sans relâche à maintenir la santé et l’harmonie dans notre corps. C’est tout simplement incroyable! Ces cellules sont de véritables entités conscientes à part entière, elles communiquent entre elles, réagissent à la pensée, sont sensibles aux vibrations et agissent toutes selon leur mission de vie spécifique. Par exemple, une cellule nerveuse qu’on nomme neurone sera responsable d’acheminer une information en transmettant un signal électrique. La qualité de ce signal sera intimement liée à la santé de cette cellule.

Le corps humain est par définition une espèce alcaline, c’est-à-dire que ses liquides corporels doivent toujours garder leur pH entre 7.3 et 7.4 et demeurer propres. L’alcalinité et la propreté sont maintenues grâce à la qualité des aliments ingérés et à notre capacité d’éliminer les déchets issus de la digestion et du fonctionnement des cellules. Le corps humain est la résultante de quatre piliers : digestion, absorption, assimilation, élimination. Il faut savoir que le processus complet jusqu’à l’élimination est primordial. L’élimination de la nourriture non digérée et des autres déchets est tout aussi importante que l’assimilation des nutriments. Peu d’entre nous sont conscients du fait qu’une mauvaise élimination provoque une fermentation et une putréfaction dans l’intestin grêle et le côlon. La fermentation et la putréfaction sont des processus naturels de dégradation. Les bactéries de fermentation assurent la digestion des sucres et sont différentes des bactéries de putréfaction qui assurent la digestion des protéines. Dans les intestins, cela se traduit par la présence de gaz et de micro-organismes qui produiront des rejets acides et toxiques, comme par exemple l’ammoniac, l’indole et le scatol. Si cet état de fermentation devient permanent, les cellules commenceront à en être affectées et à se dégrader. Rappelons-nous que toutes les cellules baignent dans deux liquides qui doivent rester propres et alcalins, leur vie en dépend. Nous sommes ce que nous mangeons, mais surtout ce que nous digérons et éliminons !

Les cellules réagissent à l’acidification du terrain biologique. Ce que nous appelons « symptômes » ou « maladie » n’est que la résultante d’une réaction cellulaire à la toxémie environnante. La toxicité et l’acidification des liquides corporels sont les principales causes de la maladie. Un corps ne peut être maintenu en santé que par une seule chose : la vie elle-même. Or, l’être humain semble être devenu la créature la plus susceptible d’être malade, même si nous nous considérons la plus évoluée. Elle est également celle qui sait le moins comment se nourrir. N’est-ce pas paradoxal ?  Prendre conscience du lien qui existe entre nos cellules, prendre conscience de l’intelligence de ces mécanismes naturels qui veillent à la pérennité de la vie dans notre corps représente un allié puissant pour devenir acteur et responsable de sa santé !

La nature des aliments

Dans une vision holistique, un aliment sain est dans sa forme originelle une médecine naturelle qui apporte au corps ce dont il a besoin pour vivre. Il provient directement de la nature, d’un environnement sain et est composé d’une synergie de molécules créée par l’intelligence de la Vie. Pour rester sain et jouer son rôle, il devra rester entier. C’est-à-dire qu’il n’aura pas subi de manipulations pour être fractionné, modifié ou extrait de son tout comme le sont les farines blanches, les substances laitières, les huiles hydrogénées, les extraits d’amidon, les sucres raffinés, les produits de substituts, etc. Idéalement, cet aliment sera également vivant afin d’en préserver cette partie extrêmement précieuse et trop souvent ignorée quand on évalue la « qualité nutritive » d’un aliment. Vous l’aurez compris, la vie elle-même fait partie de cette médecine.  La vitalité d’un aliment devrait être sa principale qualité quand on cherche à bien se nourrir. Plus il sera frais, plus il sera vivant. La vitalité est le seul « ingrédient » que l’homme ne peut recréer artificiellement ou réintroduire dans une recette. D’une valeur inestimable, l’intégralité d’un aliment ainsi que son degré de vitalité -ou de vie- serviront au corps à se maintenir et à se régénérer.

Lorsqu’on s’interroge sur la « qualité nutritive », par exemple des pommes, des épinards, ou des produits céréaliers, nous pensons aux vitamines, au fer, aux minéraux, aux fibres, etc. Même si ces réponses sont partiellement vraies, elles sont surtout incomplètes. En effet, elles réduisent à bien peu de chose la qualité nutritive des aliments. Les aliments sont des matrices complexes constituées de centaines de nutriments. C’est l’action synergique de ces nutriments et la structure de la matrice alimentaire dans laquelle ils sont inclus qui déterminent leurs effets. Ainsi, l’aliment est la combinaison des activités d’innombrables éléments nutritionnels, le tout étant plus grand que la somme de ses parties. C’est donc une grave erreur d’oublier le rôle de la synergie d’action des nutriments au sein des aliments et d’ignorer son pouvoir « vital » et « informationnel ». En effet, l’aliment entier étant principalement une matrice, il influence la chimie et l’énergie du corps par la nature de l’information qu’il porte : matière = énergie + information. Plus un aliment est sain et présente une compatibilité biologique avec notre organisme, plus la digestion et l’élimination se réalisent efficacement, fournissant ainsi plus d’énergie avec un minimum d’effort et de résidus.

Les prouesses de l’industrie

Consommer une grande quantité d’aliments ne fournit pas nécessairement plus d’énergie disponible au corps. Pourquoi ? La quantité n’est pas garante de qualité ! Cela nous amène à parler de l’ultra-transformation des aliments qui consiste à les fractionner pour les recombiner à grande échelle en des denrées alimentaires vendues dans le commerce. Ces produits industriels ressemblent à des aliments, mais n’en sont pas vraiment, conçus pour plaire au goût et à la vue, mais qui ont perdu l’essentiel, c’est-à-dire la synergie du tout résultant de l’ensemble des composants vivants de l’aliment premier. Or, une alimentation constituée principalement d’aliments modifiés, raffinés, surcuits, auxquels sont ajoutés des ingrédients chimiques, des agents de conservations, des couleurs synthétiques, amène graduellement un terrain favorable à la maladie. L’industrie agroalimentaire est passée maître dans la modification des aliments qu’elle considère comme une simple somme de nutriments. Cela a fait naître sur le marché des produits souvent très énergétiques à haute valeur glycémique, dépourvus de fibres et de micronutriments protecteurs. Comme le pain blanc, ou les céréales du matin pour enfants, issus d’une transformation technologique draconienne puis enrichis de sucre, de matières grasses, de sel, et parfois de minéraux et de vitamines de synthèses pour leur redonner du goût et de la valeur. Procédé de fractionnement et de manipulation extrême générant toujours plus d’aliments ultra-transformés, jusqu’à représenter aujourd’hui près de 80 % des produits alimentaires vendus dans les épiceries. Nous sommes bien loin de notre chasseur-cueilleur qui n’en consommait aucun !

Toutes ces interventions sont à la base d’une abstraction de toute la complexité matricielle que la nature a créée. « Les aliments transformés et reconstitués sont la première cause de décès dans les pays occidentaux. Les vrais coupables, ce sont les aliments ultra-transformés qui ont envahi nos supermarchés depuis les années 1980. Ces aliments sont conçus au sein des centres de recherche et de développement de Big Food. Objectif : fabriquer à bas prix des produits qui ressemblent à des aliments, qui ont le goût d’aliments… mais qui n’ont plus rien d’un aliment. », Anthony Fardet, Ph.D. Sc., chargé de recherche en alimentation préventive et holistique. À l’inverse de la logique simpliste et destructrice de cette industrie, il est urgent de reconsidérer l’aliment dans sa forme la plus pure et la plus naturelle possible. La santé publique y gagnerait beaucoup. Ainsi, plutôt que de vouloir corriger un régime déséquilibré par des compléments alimentaires, ce qui ne règle en rien la cause profonde du déficit, on gagnerait beaucoup à valoriser dès le début une alimentation diversifiée et équilibrée à base d’aliments entiers et naturels.

En résumé, outre la maladie, les faiblesses organiques, le rythme de vie, la seule alimentation bonne pour nous devrait être celle qui nous vient directement de la nature. Des aliments naturels et frais, issus d’une agriculture respectueuse de son sol. Pour ceux qui mangent de la viande, que cette viande provienne alors d’animaux élevés en plein air, nourris à même une alimentation qui leur est destinée. Les animaux sont soumis aux mêmes règles de santé que nous ! Demandez-vous ce que l’animal mangerait à l’état sauvage.

La nature des sols

Le sol, endroit où tout commence ! Les végétaux s’y nourrissent, grandissent et à leur tour nourrissent hommes et bêtes. Le sol, étape dans le cycle de la vie qui se répète sans cesse. Le sol est à la fois ce qu’il reçoit et ce qu’il donne.

La terre se repose

« Je ne la fatigue pas. Je lui accorde des jachères calmes, où elle peut se refaire des herbes sauvages et des fleurs pendant toute une saison. Ainsi, sous cette parure souvent épineuse, elle recompose en silence ses couches d’humus nourricier et ses veines d’eau. »  Cette vision de la jachère écrite en 1945 par le romancier Henry Bosco rappelle que l’homme a depuis longtemps compris que la manière de traiter un sol influence sa générosité envers celui qui le cultive. Aujourd’hui, la science agronome et l’industrie agricole ont tant progressé dans l’art d’optimiser le rendement des cultures que les étonnants résultats de leurs productions soulèvent des questions sur ce que l’on attend d’un aliment sain. Ainsi, on réalise que les rendements augmentent mais que la qualité diminue, par exemple « des travaux menés aux États-Unis sur 43 fruits et légumes, et publiés en 2004, indiquent que les concentrations ont baissé : 20 % pour la vitamine C, 15 % pour le fer, 16 % pour le calcium, ou encore 6 % pour les protéines », lemonde.fr.

 Les fréquentations

Vous avez peut-être déjà lu ou entendu la citation de Jim Rohn « Vous êtes la moyenne des cinq personnes avec qui vous passez le plus de temps. » C’est très certainement le cas de la terre qui passe beaucoup de temps avec l’eau et l’air, avec la présence bienveillante d’un maraîcher qui ne manquera pas de lui prodiguer les meilleurs soins, mais aussi avec les activités humaines, les pesticides et les engrais chimiques dont la réputation est ambigüe. Mise à part sa nature, le sol dépend de l’endroit où il vit et de « ses fréquentations » : une étude révèle que « le plomb dans le sol de surface des centres domiciliaires est souvent supérieur à 200 parties par million (ppm), peut dépasser 500 ppm dans les agglomérations urbaines importantes et anciennes comme Toronto, mais dans les localités de moindre envergure, il est généralement inférieur à 100 ppm », publications.gc.ca.

Deux aliments de la même espèce qui paraissent identiques peuvent ne pas porter la même qualité d’information et de vitalité si importantes à notre santé. Le terrain et les méthodes de culture qui les ont amenés à maturité sont très importants. On s’en doute, mais à quel point ? Dans l’industrie agricole de production aux fins des rendements, généralement de monocultures et de grandes surfaces, nous constatons des sols pauvres, acides, dans lesquels sont utilisés des engrais chimiques (donc acidifiant), des fongicides, des pesticides et qui sont travaillés avec de grosses machineries perturbant le milieu. Cette terre vivante même fatiguée et déminéralisée donnera des aliments comestibles au prix d’importants cocktails chimiques. De surcroit, l’aliment sera rendu visuellement attrayant et parfait après avoir été à nouveau traité, puis lavé. À l’opposé, un autre type de culture donnera une plus petite production sur une ferme locale régie par des normes rigoureuses d’écologie. La terre y est riche en nutriments, nourrie, engraissée organiquement et travaillée avec de petits appareils n’entraînant pas d’effets dévastateurs sur les micro-organismes et la structure du sol. Ainsi donc, deux légumes identiques issus de deux types de cultures, l’une intensive et chimique, l’autre familiale et biologique, qui peuvent présenter le même aspect n’auront probablement pas le même goût, et surtout, ne seront pas porteurs de la même information ni de la même « qualité nutritive ».

Le retour aux sources

C’est en allant vers la nature qu’elle se dévoile à nous. En la vivant, la savourant, la respirant, nous lui rendons grâce, nous la respectons, car le monde végétal est pour l’homme une passerelle d’exception qui lui permet de se nourrir et d’obtenir tout ce dont il a besoin pour vivre. Le monde végétal puise les minéraux et éléments indispensables du sol, transforme l’énergie solaire, absorbe l’eau, et nous remet en fin de saison un aliment assimilable et compatible avec notre organisme. Quand nous mangeons un fruit ou un légume mûr, nous assimilons la matière de notre terre et de notre ciel. Nos enzymes digestives intelligemment conçues viendront briser les liens moléculaires de chaque atome végétal afin d’en libérer l’énergie de vie et les nutriments qu’il contient.

Vouloir goûter à la vie, c’est aller vers des produits de meilleure qualité qui portent en eux la sagesse de la nature. Il est possible de se tourner vers les aliments produits près de chez soi, issus d’une culture responsable et éthique. Plus l’aliment est local, plus il sera frais et riche en nutriments bénéfiques à notre corps. Un légume récolté perd rapidement non seulement sa valeur nutritive en enzymes, minéraux, vitamines, etc., mais également sa force vitale. On recherchera la meilleure qualité des aliments en s’approvisionnant directement à la ferme, ou dans un marché local, ou via une coopérative. Les avantages d’une consommation locale sont nombreux : découverte des produits fermiers de sa région, de leur variété, de leur fraîcheur, de leur qualité, aide à l’économie locale, respect des saisons, réduction de l’impact environnemental des achats… Des avantages de plus en plus reconnus et recherchés par de nombreux consommateurs soucieux de répondre à un besoin vital et sensé de santé, d’échanges et de retour aux sources !

 

Claudine Nobréga
Yoga thérapeute & étudiante en naturopathie

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Cet article est paru dans l’édition juillet 2018 du magazine Culture de Rang produit par la COOP DES CHAMPS