L’idée qu’une mauvaise digestion est la source de vos maux de tête est-elle surprenante ? En fait, même si ce n’est pas la seule raison possible, elle est tout à fait envisageable et pas du tout banale ! Quand le corps n’arrive plus à éliminer ses déchets, il y a forcément des conséquences.

Quand on pense « mauvaise digestion », on imagine souvent des maux de ventre, des brûlures d’estomac, une diarrhée, une nausée ou des vomissements dans les heures qui suivent un repas… mais la mauvaise digestion est beaucoup plus courante qu’on le pense et peut-être asymptomatique, du moins sur le moment. Nous devons voir le processus de digestion dans son ensemble, du début à la fin. Donc à partir du moment où nous mangeons, il y aura la phase de digestion, puis d’absorption, d’assimilation et finalement d’élimination. Aujourd’hui, nous parlerons de la dernière phase : l’élimination.

On ne connaît pas assez les impacts d’une mauvaise élimination. La constipation et les maux de tête en sont des causes très répandues. Quand les aliments demeurent plus longtemps que prévu dans le corps, que la durée du transit passe de quelques heures (environ 18 h) à plusieurs jours, la matière commencera à se décomposer et à se compacter.

Selon une étude canadienne datant de 2004, plus de 63 millions de personnes en Amérique du Nord répondaient aux critères de la constipation. Les dépenses annuelles en laxatifs sont d’environ 100 millions de dollars au Canada et on estime que le coût annuel total en soins pour les patients souffrant de constipation chronique au Canada se chiffre dans les milliards de dollars1.

Le nombre de selles par jour devrait être égal au nombre de repas consommés. En moyenne, nous mangeons trois fois par jour, donc nous devrions effectuer trois selles par jour. Si ce n’est pas le cas, les résidus des repas restent en attente d’un mouvement péristaltique produit par une bande musculaire située tout le long des intestins, dont le côlon bien entendu.  Comme les intestins ont une longueur d’environ 22 pieds, les déchets peuvent s’accumuler longtemps ! Sous l’effet de la constipation, les selles auront une consistance dure, sèche, très compacte et acide, on surnomme donc  « l’effet rouleau ». Lorsque l’élimination des déchets n’est pas assurée, il se produira plusieurs réactions chimiques reliées à la fermentation et à la putréfaction, réactions normales mais qui s’éternisent en présence de constipation. Ces réactions produites par des micro-organismes venus s’installer en renfort créeront d’autres irritants, des alcools,  des gaz et des toxines qui acidifient l’intestin. Ce nouveau climat aride détruira le microbiote essentiel à notre santé. Dans un intestin sain, les bonnes bactéries créent des signaux appelés « métabolites » et ces signaux se promènent par la circulation sanguine, le système immunitaire, le système endocrinien et nerveux. Le cerveau et les intestins sont donc intimement reliés.

L’idée d’une communication privilégiée entre le cerveau et l’intestin n’est pas nouvelle et depuis plus de 50 ans les scientifiques s’intéressent au sujet. Mais envisager que ce dialogue soit bilatéral et que l’intestin puisse envoyer des messages vers le cerveau est un concept plus récent. Les chercheurs dévoilent petit à petit comment notre microbiote fait partie intégrante de ce dialogue. Anxiété, dépression, autisme, humeur… les bactéries intestinales influencent nos comportements, régulent nos réponses émotionnelles et interviennent dans ces pathologies du système nerveux2

Ces toxines donc, sont normalement retournées au foie pour filtrage avant qu’il ne passe dans la circulation du corps. La nature à tout prévue, heureusement ! Mais un foie surchargé ou en manque d’énergie n’arrivera plus à bien faire ce travail.

D’autre part, la barrière hématoencéphalique (BHE) agit comme un portier, protégeant le cerveau de divers éléments toxiques tout en permettant l’entrée très sélective de certains nutriments organiques comme l’eau, le glucose, les acides aminés et les gaz essentiels au fonctionnement du cerveau. Cette barrière (BHE) est formée par des cellules. L’hyper perméabilité intestinale qui peut être causée par la constipation est une condition dans laquelle la muqueuse de l’intestin grêle devient irritée, endommagée et poreuse, ce qui permet aux aliments non digérés, aux bactéries et différentes toxines, de pénétrer dans l’environnement stérile de la circulation sanguine. Une fois dans la circulation sanguine, ces toxines déclenchent le système immunitaire, provoquant une inflammation et conduisant à une liste longue et variée de symptômes. Il se crée alors une congestion interstitielle (voir l’article précédent pour ce sujet) autour et à l’intérieur des cellules. L’inflammation des vaisseaux sanguins chez certaines personnes peut engendrer des maux de tête et provoquer une pression dans le crâne. Le mal de tête peut également se transformer en migraine avec des nausées et des vomissements, signaux qui indiquent que le corps doit éliminer quelque chose de toxique. ** La douleur est le signal d’alarme de la cellule face à l’irritation qu’elle subit. ** Il faudra sortir les irritants de l’intestin afin de… libérer la tête.

Plusieurs aliments peuvent déclencher une « crise » ou un mal de tête. L’intestin normalement chaud et humide contient déjà beaucoup de déchets en fermentation ; le simple fait d’y ajouter des aliments qui contiennent des sucres complexes et de la levure, comme la plupart des pains, gâteaux, muffins, pâtes, fromages, yaourts, boissons alcoolisées et fermentées pourront aggraver cet état. Une mauvaise combinaison alimentaire pourra également en être la cause, ce sera d’ailleurs le sujet d’un autre article. Ce ne sont que quelques exemples et vous pouvez peut-être également faire des liens par vous-même.

Dans le corps tout est relié. Les intestins ne sont pas une pochette hermétique isolée du fonctionnement global du corps. Pas surprenant qu’ils soient l’un des organes les plus étudiés en ce moment au sein de la recherche médicale tant ils jouent un rôle clé au niveau de notre santé, de nos émotions, de notre cerveau et de notre vie ! Voici d’ailleurs une lecture sympathique sur le thème des intestins.

La constipation chronique est loin d’être banale. Il faut agir le plus tôt possible, de manière naturelle et en harmonie avec les lois de la nature. Si ce sujet vous touche, je vous invite à prendre un rendez-vous afin que nous puissions en discuter ensemble. Il s’agit parfois de gestes simples pour que la merveilleuse machine du corps humain se remette en marche d’elle-même !

Devenez un acteur responsable de votre santé, et votre bonne digestion !

Réf 1 : http://www.cdhf.ca/bank/document_fr/76understanding-the-prevalence-and-impact-of-constipation-in-canada.pdf
Réf 2 :  http://presse.inra.fr/Dossiers-de-presse/Microbiote-la-revolution-intestinale/Le-dialogue-entre-intestin-et-cerveau/(key)/5